mercredi 9 juin 2010

Maduo - Amnye Machen Shan

Amnye Machen Shan a l'horizon, montagne la plus sacree du Tibet de l'Est culminant a 6'282m, elle est l'equivalent du Mont Kailash situe lui au Tibet de l'ouest. Les circonvolutions y sont nombreuses, les boudhistes deambulant en nombre en saison estivale.






Je cede a la tentation et quitte la route 214 menant pourtant a Xinning en un temps record. J'opte pour un detour de quelques 500 kilometres, quelques cols evidemment, de nombreuses vallees de yacks et une vue promise incomparable sur la montagne sacree sur ma gauche par temps clair... seulement. La realite est conforme aux attentes, exceptee la vue evidemment. En place: de la neige, un ciel gris, du frrrrroid, un accueil hors norme par les cantonniers chinois au milieu de nulle part, des orages journaliers, des hebergements originaux et des campements survies: j'ai tout loisir de tester la resistance de ma toile de tente.














Machen, ville, grande ville je dirais, surprise de voir tant d'habitants au milieu de nulle part, n'ayant pas croise grand monde sur la route cette derniere semaine de pedalage. Je fete mon anniversaire dans cette cite, m'offrant une presque douche, le pommeau etant remplace par un seau d'eau froide. Je l'apprecie neanmoins, 21 jours sans me laver serieusement, mon odeur corporelle commencait a ressembler a celle d'un vieux poney.



Il est temps de quitter ce rude monde tibetain, marre de me geler les chairs, de me remplir l'estomac a coup de tsampa et noodle soup, d'etre devisagee a longueur de journee. Encore ce zoo, tant les habitants du coin ont des regards animaux. Chacun de mes repas s'opere avec une douzaine de paires d'yeux fixes sur ma personne se tenant a moins d'un metre, la sphere personnelle leur etant inconnue. Ils touchent tout, je m'enerve serieusement lorsqu'ils s'attaquent a mon velo evidemment. Jouer a tournicoter tout ce qui est possible, y compris la mollette permettant de detendre le cable des vitesses et des freins, rien ne semble etre irresistible pour eux. Les rots, les crachats, les raclements de gorges profonds rythment l'ambiance villageoise, j'ai hate de retrouver un monde un tantinet civilise, Xinning et ses 2 millions d'habitants est en vue... .

mardi 1 juin 2010

Serxu - Yushu - Maduo

Un col, encore un, 4'700m, portant le nom de Nganba La. Rien de bien mechant, si ce n'est un vent de face a se faire transpercer les os! Magnifique balancement des drapeaux a priere a son sommet et descente toujours bienvenue.





L'arrivee sur la route 214 menant a Xinning la capitale de la province du Qinghai s'opere enfin, je l'attendais depuis quasi 2 semaines: Xiwu, petit bled de la mort, mais comme toujours apres 36 heures d'attente parmi ses habitants, je fais mon trou et finis par trouver l'endroit sympa: bonne gargotte, poele chaud, carburant aux bouses de yacks seches, ambiance western sur le coup des 18 heures - les chercheurs de fungus y operant leur business sur le bord de la chaussee, petit monastere m'offrant le the - j'assiste a la puja de 18 heures m'occupant en attendant impatiemment une accalmie.



Situe a moins de 50 km de Yushu devenu malheureusement celebre pour cause de son recent tremblement de terre (7.1 sur l'echelle de Richter) quelques mois auparavant, je cede a ma curiosite et decide d'y faire un saut.

Tentes bleues, camping geant, buildings modernes encore debout mais fissures de partout, les commerces font etalages sous les tentes plantees devant le magasin de jadis. Les vieux quartiers se resument en tas de briques, aucune construction n'ayant survecu a la secousse. Comme tout le monde, je dormirai moi aussi sous ma tente, aucune auberge ouverte evidemment. Le spot est vite choisi, en hauteur, sur le flanc d'une colline, dans le quartier monastique. Les moines m'accueillent avec un large sourire, un brin surpris d'apercevoir une touriste dans cette zone fraichement sinistree. Eux aussi sont organises en camping geant, tente messe pour la cuisine - un arret oblige - une autre toile pour les pujas - les bougies, le retour a une vie normale risque de prendre bien du temps.







Mur a mani geant situe a quelques pas de la ville presente lui aussi ses sequelles, n'etant dorenavant qu'un vaste tas de mantras desordonnes. Fi de son allure, les fideles operent incessamment des koras, sous une pluie battante pour aujourd'hui.






Fin de mon escapade, la pluie s'est enfin arretee, je quitte mon cocon de #Xiwu village# et m'elance sur le prochain trancon devant me mener a Maduo. M'attendent un premier col (4'458m) et son vent glacial encore, mes pieds en ont raison. J'enfile tout mon attirail et ne le quitterai plus le prochain mois (mois de juin, je ne m'attendais pas a de telles conditions): moufles, surpantalon et surchaussures GoreTex, gros souliers de marche, doudoune, deux bonnets l'un sur l'autre, je m'emballe. Les arrets rechauffement se font nombreux, heureuse d'apercevoir une tente au loin laissant echapper une fumee, je m'invite au coin du poele. L'accueil se fait a coup de the au beurre de yack sale, biscuits tibetains bien secs, tsampa, le tout accompagne de regards curieux et larges sourires. La remontee en selle s'opere grace a un serieux auto-coup de pied au cul, les kilometres defilent dans de vastes et merveilleuses plaines desertes. Les sommets sont blanchis, les rivieres grossies par les recentes pluies, le trafic rare, les villages encore plus.







Un monastere, une famille tibetaine, je suis heureuse d'etre hebergee pour la nuit. Les temperatures glaciales transformant le plaisir du camping en calvaire.














Encore un col (4'825m) - Bayanka La, redoute celui-la, la zone lui succedant sur plus de 70 kilometres ne comportant aucune ame qui vive. Les abris en cas de gelures se feront rares, une batisse abandonnee, ca sera tout. Du vent, que du vent! Je suis heureuse de sortir de cette zone que les Dieux ont certainement creee pour rafraichir la biere, et me degele les pieds dans le minuscule village se profilant a l'horizon. Bilan, 3 bouts d'orteils legerement noircis, achat grosses chaussettes en vue... .





Maduo, je devrais relier cette cite ce soir, des collines casse-pattes au programme et du vent de cote assez puissant pour me desequilibrer, pas aidee par mes sacoches. Lacs aux eaux bleutees, inatendues dunes de sables, village abandonne, petite ville a portee de vue et belle surprise de croiser deux semblables belges venant du nord a bord de leur deux roues, vive l'echange des precieuses infos!