lundi 27 juillet 2009

Fin des 'Stans'

Sary Tash, bourgade kyrgyz, carrefour strategique menant tantot au Tajikistan (option Sud - 40 km), tantot en Chine (plein Est - 70 km). L'orage se profile, le vent me souffle en pleine face, j'ai une motivation a pedaler proche de zero. Distance du jour: 400 metres! Je me la coulerai douce aujourd'hui et m'en vais trouver un nid douillet. A mon grand bonheur, je tombe sur 2 Genevoises et leur velo. Rencontrees quelques jours auparavant sur la route de Osh, cette agreable surprise confirme ma decision :-) Belle fin d'apres-midi passe en leur compagnie! Demain, chacune d'entre-nous roulera dans un pays different.



Je longe la chaine des Pamirs pour une derniere fois, tournant le dos a l'Asie centrale definitivement. Piste deglinguee a souhait, mon paysage du jour est parseme de yourtes.


Le passage de la frontiere Kyrgyz-Chinoise se veut tactique: si je ne souhaite pas attendre tout le weekend bloquee dans la ville-container d'Irkashim, il me faut mettre les bouchees doubles. Fermee samedi et dimanche, les horaires de passage ne sont pas les memes des deux cotes .De plus il me faut calculer le decalage horaire entre les deux pays et pour simplifier le tout, ne pas oublier que la province du Xinjiang a deux heures de retard par rapport a l'heure de Pekin... mon cerveau tente de faire un savant calcul, ca passe, les 8 km de no man's land sont avales. Je me presente au poste frontiere Chinois pile a l'heure de reouverture apres la pause lunch... meme mieux, a l'heure de la pasteque. Les militaires chinois me tendent une tranche degoulinante avec le sourire, les douaniers deballent mes saccoches a la recherche d'une arme super laser. Desesperes de ne trouver que du linge sale, je file vers le deuxieme controle. Passage infra-rouge, prise de temperature, entretien avec les officiels. Ca me change des #formalites# de l'Asie centrale qui se resumait a un Welcome to Tajikistan souriant. Apres deux heures de verification, me voila officiellement en Chine. Sambana, petite ville-container, mon lit du jour sera, vous l'aurez devine, dans un container lui aussi! Prix de l'hebergement 1 Dollar US, gavage en prime.



Au matin, les rues sont transformees en parking geant. Les camions pieges par la fermeture de la frontiere attendent patiemment lundi.

Je file vers Kashgar. Traversee de montagnes russes, decors desertiques, couleurs tantot rougeatres-ocre-ambrees. Les chameaux sont de la partie, les chauffeurs de camion me tendent des bouteilles d'eau par la fenetre de leur cabine de pilotage, je m'acclimate a ce nouveau decor.






Leger faux plat descendant, les kilometres defilent. 130 km au compteur du jour, je decide de passer la nuit dans un petit village et son seul hotel. Facilement trouve, il s'avere nettement plus complique de se faire accepter. La police chinoise s'en mele, impossible de discuter ni meme d'avoir une explication, je comprends simplement que je ne suis pas la bienvenue. Un peu vexee, furaxe mais surtout fatiguee, pas d'autre choix que de remballer les saccoches et tailler la route jusqu'a la prochaine ville, en esperant qu'ils m'acceptent cette fois-ci. Je rajoute 40 km a la dose journaliere et m'effondre dans la chambre qui a bien voulue m'ouvrir sa porte... surprise, a 23 heures, on frappe: qui d'autre que la police! Et c'est reparti pour un X eme controle de passeport, visa, motif de mon sejour et j'en passe... le tout dans un charabia mi-gestuel, mi-chinois mais en aucun cas un seul mot d'anglais ne sort de leur bouche. Scotchee par un tel contraste d'avec le sens d'hospitalite immesure de l'Asie centrale, je plonge dans un sommeil comateux.


Dans 500 metres...


... en esperant que le guide de conversation de Mandarin fasse vite effet!




dimanche 19 juillet 2009

Kyrgystan, adaptation

Passage d'une frontiere, debarquement dans un autre monde encore une fois. Changement de monnaie, les transactions sont prises de tete, tout parait chero avec ces liasses de billets qui defilent.

Les produits laitiers (yacks, brebis, chevres) en tous genres sont de la partie a la moindre occasion, aigre et rance de saveur ca va de soit. Le the est encore sucre, plus pour longtemps. Le pain reste le meme, interminable galette plus ou moins seche.

La prononciation quand a elle differe, les saluts divergent, les paysages sont moins contrastes.

Les chiens font une apparition en nombre, aboyant comme des malades , ils defendent le territoire de leur yourtes, plus effrayants que douleureux heureusement! Toujours une reserve de cailloux sous la main, la prudence est de mise.

Le combustible principal n'est plus bois mais organique.

Le vent souffle toujours de face, pathetique! Les routes ne sont que pistes delabrees.

L'influence chinoise se ressent, malgre tout les prieres sont encore audibles 3 fois par jour. Le boudhisme se fait desirer...
L'ACCUEIL RESTE CELUI DE L'ASIE CENTRALE, DIGNE, QUE C'EST APPRECIABLE :-))




mercredi 15 juillet 2009

Pamirs

Le decor change, le style desertique s'impose: ciel bleu pur parseme de quelques nuages flottant au loin, chameau afghan ignorant la frontiere, lac sale, les yourtes font leur apparition. Le Kyrgystan se rapprochant, les deux communautes s'entremelent a present.







Arrivee a Khorog, village se voulant ville, le Mustag Ata pointe son nez de par-dessus la frontiere chinoise a l'Est.
Le bazar vaut le detour, les containers font bon usage, les bieres ne sont pas refrigerees mais qu'a cela ne tienne. L'arrivee dans une agglomeration est toujours synonyme de rencontre appropriee (la dessus je suis chanceuse). Beaux moments partages en compagnie d'une joyeuse troupe de cyclos, chacun contribuant a remonter mon moral et croire a la reparation de fortune de mon cadre.






Je quitte ce confort relatif dans le but d'enchainer une petite serie de cols a plus de 4'000 m. Le vent tourne, la pente s'eleve plus que sensiblement, le bonnet s'enfile, les nuits sont gelantes, les levers de soleil a couper le souffle... et toujours ce sentiment desertique.







Je rattrape mes compagnons a deux roues au bord du lac de Karakol, belle fin de matinee passee dans une ambiance deconneuse, violence je me fais pour me remettre en selle.
Encore un col a 4'000 m et des poussieres et toujours cet etat semi-vaseux du a l'altitude. Plus que tout un bonheur de basculer de l'autre cote... pour mieux remonter vers le suivant et sa frontiere: la fin du Tajikistan est annoncee, je bois le the en compagnie des douaniers, brulant il est. Accompagne de biscuits russes hyper secs, mais que ca fait du bien a ces altitudes.

Nouveau pays a l'horizon, la terre change de couleur, les yourtes se font plus nombreuses, je me retourne sans cesse, ne voulant pas perdre une miette de ce panorama des Pamirs passes.



samedi 11 juillet 2009

Sortie de la Wakhan Valley, galere!

Langar, dernier village a l'extremite Est de la Wakhan Valley, je remonte les 77 derniers km devant definitivement me faire quitter la frontiere Afghane en franchissant le col de Kargush situe a quelques 4300 m.

MAIS un bruit que je n'arrive pas a identifier dans un premier temps viendra mettre un terme a cette etape apres seulement 25 km de montee. Mon cadre a rendu l'ame, eventre sur les 2/3 de la circonference du tube!

Que faire d'autre que de charger dans le prochain vehicule? J'attends patiemment, sachant que 4-5 voitures passent par jour, pas davantage. Un couple de touristes francais jouera au bon samaritain, moral dans les chaussettes, je demonte mon velo pour le faire rentrer dans le coffre deja bien rempli de cette voiture 4X4.

Trop facile et confortable de regarder defiler le paysage bien calee dans le siege arriere, un brin d'amertume je ressens.

Reparation de fortune s'impose, pas de soudure a l'alu dans le coin, mon velo ressemble desormais a un char d'assaut. Peu importe, il resiste aux pistes super chaotiques profilees en tole ondulee des Pamirs et me mene jusqu'au Kyrgystan.

Interrogation pour la suite de mon periple...

mercredi 8 juillet 2009

Wakhan Valley, la vallee du Rhone mais...

... quelques milliers de metres d'altitude plus eleves, les sommets: chaine de l'Indu Kush sur ma droite, Pamirs et son fameux Peak Karl Marx (6700 m) a gauche, je longe inlassablement la Panj riviere et son inevitable frontiere Afghane. Par bonheur, la vallee s'est elargie, les patrouilles de militaires s'espacent, mon angoisse s'amenuise et je retrouve du plaisir a pedaler dans ce paysage grandiose.





Je m'enfonce dans ce paysage coupe du monde, l'accueil de la population s'intensifie. Culture pamiri, habitations bien typees, les chapeaux de couleur verte s'imposent, les grosses chaussettes brodees bien epaisses pour passer les hivers rigoureux tronent sur les doigts de pieds de chacun.










Quelques vestiges egalement, Stuppa flottant a flanc de colline, vieux forts, musees faisant la fierte des habitants du coin, calendrier solaire de Mr Wakhani et toujours ces anes semblant avoir mille ans, tant leur lenteur et vieux poils les trahissent.
L'asphalte n'a plus sa place, une piste parfois bien sabloneuse s'etablit. Le vent est avec moi ... pour l'instant.





J'arrive au fond de la vallee, village de Langar, etape courte pour ce jour. Rencontre inopinee avec un Balois passionne d'ornithologie a la recherche d'une espece rare de la famille des Rousseroles. Je passe l'apres-midi en sa compagnie, bonheur que de converser en francais, nous relevons les filets poses le long de la riviere. Intelligent quant a lui, il pratique la technique du cameleon pour eventuellement voyager de l'autre cote de la frontiere, vive la barbe a l'afghane style ca va aider.


lundi 6 juillet 2009

Panj riviere

Petite treve, je recupere mon visa chinois vite fait bien fait, un appareil photo en poche (prete pour une duree indeterminee par un super gentil anglais croise sur la route), une carte detaillee des Pamirs offerte par deux motards suisse-allemands m'ayant doublee... me voila longeant la Panj riviere.

Engouffree au fond de gorges plus ou moins TRES profondes, elle marque notamment la frontiere avec son voisin: Afghanistan. Je la longe a flanc de montagne sur plus de 500 km. Au passage, magnifiques villages tant d'un cote que de l'autre, route ou piste du cote Tajik, minuscule sentier taille au piochard du cote Afghan, parcourru par les anes et leur conducteurs aux habits traditionnels.
Les soldats s'observent d'un cote comme de l'autre, c'est un autre monde a pas moins de 50 metres. Ambiance particuliere.


Ne pas trainer ses baskets n'importe ou!


L'alphabet cyrillique en moins et je me croirais au pays


Rencontres et accueil le long de la route




Pause journaliere M&Mmms, excellent pour mon moral :-)

mercredi 1 juillet 2009

En route pour les Pamirs

Pas de photos...
C'est pas faute d'en avoir prises, mais...

J'aurais pu vous glisser une photo de la reparation de l'accrochage de ma saccoche gauche (arrachee par un chauffard ayant sous-estime la largeur de ma monture) reparee a la Mac Gyver a l'aide de 4 surprenantes colsons, le magnifique lac aux eaux intensement turquoises surplombe depuis le haut du col de Nurak situe a l'Est de Dushanbe, la riviere frontiere Pjanj maintenant l'Afghanistan a pas plus de 50 m de son voisin Tajik, les nuages de poussiere gigantesques causes par les explosions a repetitions dans le but d'elargir cette si mauvaise piste faisant officiellement office de route principale menant a cette fameuse region montagneuse.

Ou encore une photo de ma monture risquant de se faire emporter par le courrant et moi tentant de la maintenir desesperement a la surface, pieds nus remontant au pas de course le talus s'ensuivant aide par un sympathique tajik poussant a pleine force l'arriere de mon velo charge a plus de 50 kg.

Que dire des bivouacs a flancs de riviere ou les gosses rapatriant d'enormes tas d'herbes sechees, les filles faisant la lessive accroupies dans les rivieres et me saluant mains savonneuses, les petites vieilles aux sourrirs dores m'invitant pour l'incontournable tchai, les piles de galettes de pain s'accumulant sur mon porte-bagage, chacune venant trouver place au passage d'un village, mon estomac n'arrivant pas a suivre le rythme de ses gestes de generosite.

Et enfin les panneaux jalonnant le long du sillon de cette tourmentee Pjanj, indiquant de ne pas promener ses baskets en dehors de la route, sous peine de se faire exploser sur une mine, ...

Et bien non, aucun apercu, faute a trois stupides militaires tajiks ayant fait du shopping dans mes saccoches aux detours d'une courbe.

Bien vulnerable suis-je, cible aisee au milieu de nul part, aucun temoin 30 km a la ronde.
Pas fiere sous la menace des mitraillettes...